My sweet Suisse

My Sweet Suisse
Photo by Eugenia Senik

J’ai été intéressée par le fait combien encore de fois ce beau, petit pays m’étonnera, combien encore de surprises il cache de moi. Quand tu te trouves longtemps sur le même canton, sur le même territoire francophone de la Suisse, il te semble, que tout le monde ne parle que français ici ou ailleurs.

Comme le pays est petit on a mal à croire que dans quelques centaines de kilomètres existe quelque chose de différant. On passe quarante minutes et plus personne ne parle français et dès ce moment on réalise que ce n’est pas partout que tout est le même. Je rêvais de voir Lugano, le canton de Ticino et plus précisément Montagnolo. C’était un petit village dans une des régions italiennes où vivait la plus grande partie de sa vie Hermann Hesse et où il créait les plus remarquables de ses œuvres. Je voulais voir cette terre qui l’a chaleureusement accueilli et l’a aidé à retrouver la paix intérieure pendant les guerres mondiales. Certes, le pays est petit et on a l’impression d’arriver n’importe où très facilement, mais il y a les Alpes! Pour faire le tour des Alpes il faudra au moins cinq heures. Selon les normes suisses ce trajet est si longue que la plupart des habitants de la région francophone n’ont y jamais été dans leur vie. Mais c’est quelle beauté! J’allais et je pensais que le voyage en train à travers les Alpes et les lacs situés au pied des montagnes, vaut la peine de vivre la vie. J’ai été choquée. Je ne savais pas que la terre peut être si incroyablement belle. Les films, les images, les photos – tout cela est très bien, mais ils sont là, devant moi avec des rivières, des cascades, des lacs et de la neige sur les sommets. Je n’ai jamais vu rien de plus beau que cette terre.

My Sweet Suisse
Photo by Eugenia Senik

Lugano – une assez grande ville au pieds des montagnes avec un grand lac. Je me demandais comment les gens pouvaient avoir la civilisation près de la nature, être les amis avec elle, ne pas lui faire mal, reconnaître sa grandeur et être capable de s’adapter, et en réalisant que sans cela, la ville n’existerai pas. Montagnolo est un village si petit qu’on peut faire le tour autour de lui en quelques heures. Je ne précipitais pas pour voir le musée d’Hesse, parce que tout autour de moi était déjà le musée. Je m’arrêtais, je m’asseyais sur le banc, je tombais sur le sol enfin juste pour apprécier cette beauté divine. Pour cela vaut la peine de mourir, et vaut la peine de vivre la vie.

Je n’étais pas impressionnée par le musée d’Hesse: ses lettres, ses peintures, ses collections de papillons, les souvenirs de ses amis, ses photos. J’ai été plutôt intéressée par tout ce qu’impressionnait Hesse. Les montagnes, les plantes, de nombreux lézards rapides sur des chemins, les papillons colorés et presque l’absence totale des personnes. Quand je revenais et je passais de nouveau à travers les Alpes par les tunnels je pensais à deux choses. La première, je voudrais bien vivre dans une petite ville ou bien un petit village près de la nature. La deuxième, je pensais qu’un art créé par l’homme est une copie faible des œuvres de Dieu.

Tout ce qu’aurais créé une personne ne pourrait être égale à la nature.

Jamais. Il fallait le comprendre, l’accepter et se soumettre. Et j’ai compris pourquoi ici je ne lisais presque pas des livres, je ne regardais pas des films, je n’écoutais pas de la musique, et de plus je n’écrivais pas. Tout cela était le secondaire. C’était la reproduction de la vie. Je m’endormais au son des cloches sur le cou des vaches, elles s’endormaient également. Et je me réveillais à cinq heures du matin par le chant des oiseaux, je ne fermais pas exprès la fenêtre pour les écouter quelques temps avant d’aller travailler. Je buvais du thé sur la véranda et en quelques mètres de moi courait un renard. Si beau et si près que tout de suite j’ai eu les larmes aux yeux.

My Sweet Suisse
Photo by Eugenia Senik

Cette nuit je rêvais des montagnes et des lacs au pied des montagnes. Quand je me suis réveillée tout cela était devant moi. Ils vivaient maintenant en moi. Mais avant d’aller me coucher, j’attendais une autre aventure. J’ai pris le dernier train bien qu’il était 19 h. Les trains à grande vitesse avec beaucoup de correspondances. Parfois il fallait faire la correspondance en bus, parfois en train. Je tenais le plan avec les heures d’arrivée et de départ parce qu’il fallait me débrouiller vite. En revenant chez moi j’ai raté mon bus, je n’avais pas le temps de trouver la bonne sortie de la station en quatre minutes. Et c’était la dernière correspondance. Je restais à minuit à la gare de la ville, la langue de laquelle j’ai parlé à peine. Je ne savais pas quoi faire, parce que l’idée de dormir dans la station de la ville inconnue me faisait peur. J’ai appelé Odile, elle a dit: “reste là, ne bouge pas, j’arrive!”. Odile m’a retrouvé à minuit et demi à la gare.

Puis il n’existait plus de limite à ma grande surprise. Dans la voiture nous attendait Lee, le mari d’Odile, il ne voulait pas laisser partir Odile toute seule dans la nuit. J’ai pris la siège en arrière et de nouveau j’avais les larmes aux yeux. J’ai été le témoin d’un amour incroyablement profond et d’une volonté d’aider les autres.

Odile et Lee étaient les gens âgés. Pour moi c’était un gros désagrément de les déranger mais je ne connaissais personne d’autre qui pouvais m’aider. Bien sûr je m’excusais mais ils m’ont jamais dit que c’était difficile pour eux. «Pas de problème, c’est la vie, cela arrive». Chaque jour j’étais le témoin de leur amour, à cet âge il était difficile de prouver l’amour en quelque sorte sauf que d’être près. Ce soir ou plutôt cette nuit, malgré la fatigue ils étaient heureux. Cet acte de Lee était si fort et si puissant. Il savait, qu’Odile était fatiguée et en plus le soir avec un faible éclairage des routes et avec la vision pas très bonne, il lui pouvait arriver un accident. Il ne pouvais pas admettre cela et il ne voulait pas vivre sans elle. Odile était toujours fière de son mari. Elle lui avait dit cela, quand je sortais du garage. J’ai compris que ma reconnaissance et mes excuses n’avaient pas de sens parce qu’ils étaient très heureux de cette aventure. J’ai réalisé aussi que personne n’avait fait pour moi rien de plus dans ma vie. Et l’essentiel n’était pas dans le fait qu’ils m’ont pris de la station en pleine nuit mais dans le fait comment ils l’ont fait. Sans plaintes et sans accusations. Ils ont montré la compassion humaine et la gentillesse, la compréhension et la volonté d’aider même à minuit.

My Sweet Suisse
Photo by Eugenia Senik

Hier je devais rentrer chez moi, parce que je n’ai pas pris le bus pour Varese (Italie) où vivait mon ami. Aujourd’hui je pourrais être à Milan et le soir je pourrais nager dans le lac de Lugano au pied des Alpes. Mais en revanche j’aidais Odile à nettoyer la maison et à coudre les rideaux pour son voisin. J’étais plus heureuse que ce pourrait être à Milan. Parce que aujourd’hui j’avais la possibilité d’exprimer ma reconnaissance et mon amour.

 


Translated by Iryna Salo

Comment section

Залишити відповідь

Ваша e-mail адреса не оприлюднюватиметься. Обов’язкові поля позначені *

Цей сайт використовує Akismet для зменшення спаму. Дізнайтеся, як обробляються ваші дані коментарів.

arrow-pointing-downcaret-down