Invert

Un jour j’ai compris que j’en plus. J’ai compris cela, un jour en revenant à la maison après une longue journée de travail, je ne suis pas arrivée à dormir et au milieu de la nuit mes nerfs ont craqués, j’ai eu une telle crise de nerfs que mon cerveau était en ébullition.

J’aurais voulu à ce moment-là déposer mon cerveau dans un frigo. Les idées se bousculaient dans ma tête! Un peu trop du travail mental. A cet instant là j’ai réalisé que je n’avais que deux possibilités: finir folle ou bien changer de travail. Changer le travail était impossible car il fallait payer le logement et repartir à zéro était assez risqué. Alors, j’ai saisi la première occasion pour quitter l’Ukraine pour quelque temps. J’ai trouvé pour moi-même et pour les autres une très bonne explication: raconter dans un livre mon expérience! Je n’ai pas avoué ni à moi, ni aux autres, que j’avais voulu me sauver, parce que j’étais fatiguée de cette lutte constante et sans fin pour survivre. J’ai voulu quitter la partie, m’échapper d’un ruisseau impétueux et orageux. J’ai voulu seulement rester tranquille dans un coin. Quelque part où personne ne me connaissait.

Je me suis retrouvée en Suisse pour les sans abri. Je savais que j’allais travailler de manière physique et ça me plaisait. Je voulais essuyer la poussière, nettoyer le sol, arroser et couper les fleurs, faire de la mise en rayon dans les magasins, déballer les boîtes de nombreux choses, que les gens avaient données à la communauté, aider à décharger le camion. Je voulais alléger mon cerveau et juste vivre. C’était la première fois que je voulais seulement vivre. Ne plus penser à comment payer son logement, comment acheter de la nourriture ou un billet de tramways. Je pouvais travailler dans la communauté et c’était ma paie.

Invert
Photo by Eugenia Senik

Evidemment, je n’ai jamais arrêté de penser à écrire un livre sur ce propos. C’est pourquoi je cherchais avant tout, la personne, celle qui quitterait consciemment la société. Celui qui s’est retrouvé dans la communauté non pas à cause du chômage ou d’une incapacité à subvenir à ses besoins, non pas à cause de problème avec l’alcool ou de drogue, mais de son propre choix de rester en marge. À un moment donné j’ai compris que cette personne c’était moi-même et que je serai sans abri. Je me suis alors sentie immédiatement mieux. J’avais la sensation d’être en chute libre. Quand il n’y a plus rien qui vous retient, on peut lever les mains et juste voler et même se permettre de tomber. Je n’avais rien à prouver personne, ni à justifier les attentes de quelqu’un, à rechercher “une vie normale”, à devenir quelqu’un. J’ai commencé à vivre. J’ai recommencé à écrire.

Invert
Photo by Eugenia Senik

J’ai été très ravie d’être là et pour une fois d’apprendre avec les gars du boulot des choses nouvelles, celles que l’on apprend pas à l’école. Chaque jour j’apprenais d’eux la tolérance, la gratitude, la patience, l’acceptation d’un aute par autrui. Eux, c’est-à- dire nous, étions si différents, de part l’âge, la nationalité, la religion. Nous parlions des langues différentes, mais chacun se comprenait, nous étions unis par quelque chose de très fort. On comprenait qu’ici à la marge de la société, outside, nous étions libre, nous étions heureux, nous ne recherchions plus rien et nous pouvions totalement être nous-même. Nous étions décomplexés, nous n’avions pas peur de montrer nos émotions, on n’était pas étonné quand qn pendant le déjeuner commençait à hurler comme un loup ou se cachait sous la table et aboyait comme un chien, chantait à travers la cuisine ou dansait dans la salle à manger. On n’avait pas peur de dire à la société et à l’un à l’autre que nous étions anormaux, d’afficher notre irrégularité dehors, de l’accepter et de vivre avec elle.

Invert

Nous savions qu’on était on ne peut plus normal. On n’avait pas peur de montrer nos sentiments même devant des Suisses réservés, de serrer qn dans les bras, de faire les cadeaux, d’apporter les cierges sur le lieu de travail, de dire qu’on aimait, qu’on se réjouissait de la présence de l’autre. Enfin la compréhension venait du fait, et cela est le plus important, ce pour quoi il faut vivre-il s’agit de nous-même, de notre grand amour mutuel, ainsi nous travaillons juste pour être près de qn, pour être près de qn chaque jour. On vivait seulement. On comprenait que cette vie était vraiment inside et toute la grande société placée sur un échiquier restait pour nous outside. Simplement la société a renversé le concept à l’envers, inside out. Et nous, nous faisons nous-même pour nous invert.

Invert

Même si nous travaillions beaucoup et que nous étions souvent très fatigués, à cause du travail pas très facile et du fait que moi je n’avais pas l’habitude de travailler physiquement, je me suis quand même très bien réposée et j’ai retrouvé la facilité perdue. C’était pour moi le signe que je devais revenir, afin paraître à extérieur, outside. Alors, après avoir retrouvé mes forces, je suis retournée à mon travail précédent. Mais je suis revenue en état une autre, revenue d’un endroit avec la compréhension de ce qui est le plus important et que est le vrai bonheur. En revenant de cet endroit, je pensais qu’il faut essayer ce outside changer à inside.

Faire total inside out.

 


Translated by Iryna Salo

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